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Depuis le 19 août 2017, les militants et sympathisants de l'opposition togolaise manifestent dans les rues du pays. Cinq mois après le début du soulèvement contre le chef de l'État, Faure Gnassingbé, la mobilisation  ne faiblit pas. Pour mieux comprende les revendications portées par la coalition des 14 partis politiques, togomedia24.com est allé à la rencontre de M. Philippe ATAKPA, délégué national à l'administration chargé des actions du PSR. L'homme politique s'est aussi exprimé sur le dialogue, le discours du chef de l'État, la coalition... 

Lisez plutôt. 

-Togomedia24 : M. Philippe ATAKPA, Bonjour, vous êtes le  délégué national à l'administration chargé des actions du Pacte Socialiste pour le Renouveau (PSR). Comment se porte votre parti le PSR ?

M. Philippe ATAKPA : Bonjour. Le PSR est très actif. Nous sommes engagés avec enthousiasme et détermination aux côtés d’autres partis de l’opposition pour renforcer la démocratie et la gouvernance au Togo. Le PSR est membre de la coalition des 14 partis de l’opposition togolaise qui se mobilise pour  le retour à la Constitution de 1992 et  le déverrouillage  des institutions afin de donner un nouveau souffle à notre pays.


-Togomedia24 : Vous manifestez depuis cinq mois  (la coalition) dans les rues du pays que revendiquez-vous concrètement ? 

M. Philippe ATAKPA : Vous savez, le respect des engagements et de la parole donnée est essentiel pour que toute famille, entreprise ou association fonctionne bien et se développe. Il en est de même pour un pays. Cela crée un climat de respect mutuel, de confiance et libère les énergies constructives.  
Cela fait bientôt 12 ans que l’accord politique global a été signé et que les autorités togolaises se sont engagées à mettre en œuvre les réformes issues de l’APG. Mais finalement qu’est-ce qui a été fait pendant toutes ces années ? Le pouvoir joue au dilatoire. Il fuit ses responsabilités et ne cesse de repousser la mise en œuvre d’actions concrètes. Si l’APG avait été mis en œuvre avec la limitation du nombre de mandat, M. Faure Gnassingbé ne pourrait pas se présenter  aux prochaines élections présidentielles. C’est pourquoi nous nous sommes rassemblés au sein de la coalition pour réclamer en symbiose avec le peuple togolais le retour à la constitution de 1992, la réforme du cadre électoral, le déverrouillage des institutions de la République et la libération de tous les prisonniers politiques. 
Les togolaises et togolais souffrent. Les institutions connaissent un manque d’efficacité et d’indépendance. Ce qui perpétue la mauvaise gouvernance et génère des conséquences néfastes sur le quotidien de nos concitoyens et leurs conditions de vie : difficultés d’accès à l’éducation, à la santé, à la formation et à l’emploi notamment. Les jeunes représentent plus de 60% de la population togolaise et ils sont laissés pour compte. Il faut un réel changement pour que notre pays respire, que les ressources nationales soient mieux partagées, que le progrès social s’accélère, que les activités économiques s’accroissent, que les recettes fiscales soient mieux gérées et que chaque togolais puisse vivre dans la dignité.  
Pour que les temps heureux rêvés par nos ancêtres arrivent enfin, il faut que la loi soit égale pour tous. Pour que le Togo immortel reste toujours digne d'envie, il faut garantir l’égal accès de tous les fils et filles aux emplois publics sans formes de discrimination. Pour que la volonté du peuple reste le fondement de l'autorité des pouvoirs publics, il faut que cette volonté s'exprime à travers des élections justes et honnêtes.


-Togomedia24 : Le chef  de l’Etat, Faure Gnassingbé  a annoncé un dialogue pour résoudre la crise,  êtes-vous pour ou contre la tenue du dialogue ?

M. Philippe ATAKPA : La coalition a réaffirmé sa disponibilité pour un dialogue sincère avec la médiation de personnalités qui inspirent confiance à tous. Ce que nous voulons, c’est un vrai dialogue. Un dialogue qui pose les vrais problèmes pour répondre aux aspirations actuelles des populations. Or le pouvoir joue au dilatoire comme d’habitude. Il fait preuve de mauvaise volonté en espérant que la dynamique et la mobilisation s’essoufflent pour qu’il puisse s’éterniser au pouvoir et dilapider les ressources nationales.
J’en appelle au Chef de l’Etat de veiller à l’intérêt général pour que le dialogue puisse se tenir rapidement et permette une sortie de crise favorable à l’enracinement de la démocratie ainsi qu’à la prospérité du Togo.


-Togomedia24 : Quelle analyse faites-vous du message du chef de l'État à la nation le 03 janvier 2018 ?

M. Philippe ATAKPA : J’espérais un discours à travers lequel le Chef de l’Etat  montre qu’il mesure l’ampleur de la crise que traverse le pays et surtout quelles sont les approches de solution pour sortir de cette crise.
J’ai une fois de plus été déçu par son message de vœux qui démontre que M. Faure Gnassingbé vit totalement coupé des aspirations du peuple togolais. 
Il aurait pu annoncer qu’il ne sera pas candidat en 2020. Ne regardons pas l’homme, regardons le bilan. Le Togo a-t-il progressé depuis 50 ans de règne RPT-UNIR ? L’emploi des jeunes s’est amélioré ? L’état de nos hôpitaux est-il meilleur ? Les togolais vivent-ils mieux qu’avant ? C’est en répondant à ces questions que l’on voit clairement que l’alternance est nécessaire. 
Le Chef de l’Etat a parlé de sursaut patriotique dans ses vœux. Oui, c’est justement parce que je suis patriote que je veux du changement pour mon pays pour que tous ses fils et filles participent pleinement au développement du Togo.
Les Togolaises et les Togolais n’attendaient pas seulement devant leur petit écran un discours. Ils attendaient une vision, un espoir. Je suis déçu bien sûr face à ce discours qui est tellement éloigné de la réalité que vivent les togolais. Le Chef de l’Etat semble indifférent aux difficultés quotidiennes des populations et à ses aspirations. 
Nous avons des jeunes, des hommes et des femmes pleins d’énergie, de créativité et de courage. Il faut leur donner la chance d’exprimer leurs talents dans une société juste. Le régime RPT-Unir a fait régresser notre pays. Une autre voie est possible.
Comme je le disais plus haut, le Chef de l’Etat aurait pu annoncer qu’il ne sera pas candidat en 2020. C’était une belle occasion de marquer l’histoire.


-Togomedia24 : La coalition a-t-elle peur du référendum ?

M. Philippe ATAKPA : Non pas du tout. Je trouve cependant incompréhensible que le Chef de l’Etat annonce des discussions dans un cadre de dialogue politique et appelle au même moment ses partisans dans les rues pour soutenir l’idée de référendum. 
J’estime que nous devrions pouvoir nous asseoir autour d’une table et faire l’économie d’un référendum vu le cout important que nécessite son organisation.

-Togomedia24 : D'aucuns disent que les marches ont atteint leurs limites et que la coalition devrait changer de stratégie, quel est votre avis sur le sujet ?

M. Philippe ATAKPA : Un peuple débout peut faire tomber n’importe quel régime qui reste sourd à ses attentes. C’est dur et cela prend du temps mais on y arrive toujours pourvu que le peuple soit déterminé.

-Togomedia24 : Selon certaines indiscrétions il y  aurait des  dysfonctionnements au sein de la coalition. Vous confirmez ? 

M. Philippe ATAKPA : Nous sommes réunis et mobilisés au sein de la coalition pour mutualiser nos énergies en vue d’obtenir des réformes et l’alternance de sorte que  la démocratie puisse s’ancrer au Togo  comme c’est le cas autour de nous. Nous avons tous ce même objectif dans la coalition. Vous connaissez le dicton ‘Diviser pour mieux régner’. La ruse a toujours été un moyen d’action du régime RPT-Unir.


-Togomedia24 : Dialogue entre la coalition et le parti Unir ou des discussions élargies ?

M. Philippe ATAKPA : Selon moi, autour de la table de discussion on doit retrouver : le Chef de l’Etat, son parti Unir, le gouvernement et la coalition des 14 partis qui portent les revendications Le pouvoir veut choisir ou coopter ses interlocuteurs. Pour nous, ce n’est pas possible. Nous voulons un vrai dialogue avec des résolutions fermes qui remettent le Togo sur les rails et permette de doter durablement le pays d'institutions indépendantes et démocratiques. 

-Togomedia24 : Pourquoi la coalition insiste autant sur la présence d'un facilitateur avant le début de toute discussion avec le camp d'en face ?

M. Philippe ATAKPA : Quand deux personnes ne s’entendent pas, la présence d’une troisième personne neutre peut faciliter la résolution de la crise. Le pouvoir RPT-unir ne peut pas être juge et partie. Nous allons à ce dialogue au même titre que le pouvoir. Il est donc nécessaire qu’un médiateur puisse faciliter les échanges.  Lors des crises au Libéria, Gambie et aujourd’hui en Guinée-Bissau, il y a eu médiation. M. Faure Gnassingbé lui-même est médiateur dans la crise de la Guinée-Bissau. Pourquoi le pouvoir ne veut pas de médiation chez nous ? Ce pouvoir a peur de quoi ?


-Togomedia24 : M. Philippe ATAKPA,  un dernier mot : 

M. Philippe ATAKPA : 2017 aura été l’année d’un réveil de la conscience collective nationale qui rend désormais le changement inéluctable. Je souhaite à toutes les togolaises et togolais une belle année 2018, année de la concrétisation du changement dans la dignité, le respect et la responsabilité.



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