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Située dans le quartier Nyékonakpoé à Lomé, l'Association JMAH (Jeunes Missionnaires pour l'Aide et l'Humanitaire) est une association togolaise de lutte contre le VIH/Sida et qui œuvre également pour la promotion de la Santé Sexuelle et de Reproduction (SSR). A l'occasion de la journée de solidarité nationale avec les PVVIH, nous avons eu un entretien avec la chargée de programme de cette association. Dans cette entrevue, Mme ADZODA Brigitte, nous parle de l'association JMAH, de ses activités et de ses actions à venir. Les objectifs de l'ONUSIDA, les trois « 90-90-90 », les actions en cours, la prise en charge des populations clés sont les autres sujets abordés.


Journaliste : Bonjour Mme la chargée de programme de l’association JMAH,

Mme Brigitte ADZODA : Bonjour M. le journaliste,

Journaliste : Comment se porte le centre JMAH ?

Mme Brigitte ADZODA : Le centre JMAH se porte à merveille. C'est un centre ouvert au sein de la communauté de Nyékonakpoé dans le district sanitaire N°4 de Lomé Commune. Le centre est ouvert pour les jeunes qui désirent s'informer sur la sexualité et bénéficier des services en matière de la lutte contre le Sida et de la Santé Sexuelle et de Reproduction. 

Journaliste : Pouvez-vous nous parler de l’Association JMAH et de ses activités ?

Mme Brigitte ADZODA : Comme je le disais, tout tantôt, JMAH signifie Jeunes Missionnaires pour l'Aide Humanitaire. Ce sont des jeunes au service des jeunes. Nous faisons la formation des jeunes pour un changement de comportement. Il faut que les jeunes suivent les informations sur la Santé Sexuelle et de Reproduction, apprennent sur la généralité VIH/Sida pour pouvoir changer d'attitude et ne pas adopter des comportements à risque et éviter la contamination des maladies et les grossesses non désirées. C’est ce que nous faisons, et également c'est un centre de prise en charge pour les cas qui se révèlent positifs notamment les personnes vivants avec le VIH/Sida. Nous faisons aussi la prise en charge des IST (Infections Sexuellement Transmissibles) et également pour les jeunes qui veulent avoir des services de prévention de grossesses, nous les mettons sous méthode modernes de Planning Familial. Les préservatifs sont aussi disponibles au centre pour la communauté et en particulier les jeunes. Il faut dire que ces préservatifs sont distribués gratuitement. 
 
Journaliste : La semaine dernière vous étiez à la foire du 28 septembre, qu’avez-vous exposé ?

Mme Brigitte ADZODA : A la foire du 28 septembre, nous avons exposé des services, nous l'avons pris comme une activité de stratégie mobile. On a eu à faire des dépistages gratuits à tous ceux qui le veulent. Aussi des préservatifs masculins et féminins ont-ils été distribués gratuitement. Ce que nous avons fait c'est aussi des informations à l'endroit de la jeunesse. C'est en gros, ce que nous avons fait à la foire du 28 septembre en implantant deux tentes. 

Journaliste : Comment l’association contribue-t-elle à l’atteinte de l’objectifs des trois 90 de l’ONUSIDA ?

Mme Brigitte ADZODA : Il faut dire qu’aujourd'hui l’objectif des trois « 90-90-90 » que nous devons atteindre d'ici 2020, c'est d'abord 90% de la population qui doivent connaître son statut sérologique et les 90% de ceux qui connaissent leur statut sérologique doivent être mis sous traitement antirétroviral pour les personnes dépistées positives et 90% de ceux qui sont mis sous traitement doivent avoir une charge virale indétectable ou supprimée. Si nous œuvrons ensemble pour atteindre ces objectifs d'ici 2020, nous pouvons arriver à briser la chaîne de la contamination du VIH/Sida. Et ça, c'est l'objectif de l'ONUSIDA et c'est ce que nous poursuivons tous. Donc JMAH travaille sur ces objectifs en lien avec les orientations et recommandations de le l’ONUSIDA et de l’OMS. Quand vous prenez le premier 90, c'est le dépistage, JMAH travaille depuis plusieurs années pour le dépistage, la prévention et l'information, le second 90 parle du traitement, nous faisons également la prise en charge médicale des PVVIH, les consultations et la dispensation. Nous effectuons les prélèvements pour répondre au troisième 90. Il est bien vrai que nous n'avons pas un laboratoire, mais nous le faisons pour la vérification dans d'autres laboratoires accrédités. Dans le suivi des patients, nous prenons soin de demander à tous d'aller réaliser l’analyse de la charge virale. Voilà un peu notre contribution pour l'atteinte des « 90-90-90 ». Des campagnes de sortie de dépistage sont également inscrites dans nos agendas en ce qui concerne les actions futures à mener par le centre JMAH. Nous multiplions ces sorties pour répondre au premier 90 en ce qui concerne le dépistage volontaire anonyme du VIH/Sida au Togo. 

Journaliste : Parlant du dépistage, l’accent est beaucoup plus mis sur ce facteur, quelle place occuper le dépistage dans vos activités ?

Mme Brigitte ADZODA : Il faut dire que le dépistage occupe une place primordiale dans nos activités. En ce sens qu’elle constitue la porte d'entrée même de la lutte que nous faisons parce que sans le dépistage nous ne pouvons pas donner l'opportunité à la communauté de connaitre son statut sérologique. C'est en ce sens que nous faisons beaucoup de sorties de campagnes de dépistage gratuit à la population. 

Journaliste : Nous savons aussi que les populations clés sont au premier plan des actions sur le plan national, qu’est-ce qui est fait à JMAH pour leur permettre un environnement favorable ?

Mme Brigitte ADZODA : Tout d'abord, il faut dire que le centre JMAH est un Service Adapté (SA) et qui dit Service Adapté, dit un centre accrédité par le Programme National de Lutte contre le Sida (PNLS) et qui offre un paquet de services à la population notamment les populations vulnérables et les populations clés. Alors la population clé est bien suivie par le centre JMAH. Nous accompagnons les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes (HSH), les professionnelles de sexe (PS) et les Usagers de Drogue et injectables (UDI). Nous avons pris assez de précautions et des dispositions pour garantir leurs confidentialités. Nous organisons des activités de sensibilisation et d'information avec cette cible. Et il faut avouer que tous se passe bien et ces personnes sont satisfaites des actions que nous menons en leur faveur. Il y a aussi le lobbying que nous faisons envers les autorités judiciaires pour un environnement favorable à leur prise en charge.

Journaliste : Revenons à la prise en charge des PVVIH, quelles sont les difficultés rencontrées au quotidien ?

Mme Brigitte ADZODA : Les difficultés dans la prise en charge des PVVIH sont énormes. Aujourd'hui, on peut dire qu'il y a une maitrise dans la prise en charge mais il faut révéler aussi des manquements. Par exemple, la prise en charge nutritionnelle que nous n'arrivons pas à faire puisqu'en face des cas sociaux, c'est difficile. La faute aux ressources que nous ne disposons pas pour prendre en charge les bénéficiaires. Comme vous le savez tous, les ARV riment avec une bonne alimentation mais face à quelqu'un qui a des problèmes à se nourrir, ce n’est pas aisé de prendre les ARV. Donc c'est ça la première difficulté que nous avons, l'autre difficulté, c'est la réinsertion sociale de ces personnes notamment les cas sociaux au sein de la vie active. Souvent pour les personnes nouvellement infectées, qui n’ont pas un travail en amont, elles sont rejetées par leurs familles, marginalisées dans leurs activités professionnelles, des fois même dans l'administration publique. Ce qui rend la réinsertion socioprofessionnelle très difficile car cela nécessite des ressources nécessaires pour accompagner ces personnes désireuses de mener une activité génératrice de revenus. Aussi créer un environnement favorable où ils peuvent apprendre un métier et aller à l'insertion professionnelle. L'autre défi c'est au niveau des partenaires. Je le dis parce qu'on a l'impression que les actions de prévention sont entrain de diminuer parce qu’assez de moyens sont mis sur la prise en charge médicale,  mais les informations pour la prévention manquent. Avant les médias passaient des sports pour sensibiliser la population. De nos jours, on n’a pas ça. Il faut des actions de grandes masses pour pouvoir sensibiliser les populations togolaises. C'est pourquoi lors de nos sorties nous mettons beaucoup plus l'accent sur l'information et la sensibilisation. 

Journaliste : Comment gérez-vous les cas de discrimination et de stigmatisation ?

Mme Brigitte ADZODA : C'est le frein ou disons le handicap principal à notre lutte contre le VIH. La discrimination fait qu’aujourd’hui les gens n'aiment pas faire le test de dépistage. Quand nous recevons des cas de discrimination ou de stigmatisation, nous tentons des médiations pour faire comprendre aux auteurs de ces actes malsains, les peines qu’ils encourent. Le problème aussi c'est parce que les gens ne savent pas qu'il y a aussi des lois qui protègent des PVVIH. Si nous tentons des médiations qui ne marchent pas il y a la police judiciaire qui intervient. Des fois des gens sont gardés à la gendarmerie ou au commissariat un à trois jours.

Journaliste : Quels sont les facteurs qui font que la maladie continue de se propager au sein de la population ?

Mme Brigitte ADZODA : Les facteurs à risque pour les populations c'est la non utilisation des préservatifs. Actuellement nous menons des activités sur le terrain pour six mois. Il s'agit d'une stratégie qui consiste à faire le diagnostic des IST avant de proposer le test du Sida. Avec cette stratégie, nous avons constaté que plusieurs personnes font les IST, cela signifie que les gens n'utilisent pas les préservatifs. Alors que les IST et le VIH/Sida ont les mêmes modes de transmissions. Les facteurs sont aussi dus aux manques d'information et d'actions de prévention. Il y a bien d’autres facteurs comme la pauvreté, le mariage précoce des jeunes filles, le lévirat, le sororat…

Journaliste : Madame, vous savez bien qu’il nous reste encore deux ans pour 2020, quels sont les défis majeurs à relever ?

Mme Brigitte ADZODA : D’ici deux ans à JMAH, c’est de s’engager beaucoup plus dans la prévention et l’information ensuite proposer le test de dépistage. A JMAH, nous tablons beaucoup plus sur le premier 90 c'est la porte d'entrée des trois « 90-90-90 ». Donc après le dépistage, il faut prendre en charge les personnes infectées. Nous savons que l'État togolais a fait un effort pour rendre disponibles les ARV gratuitement à la population. Du coup, la prise en charge médicale est facile. Par contre, il va falloir améliorer un peu l'accès à l’analyse de la charge virale. Avec tout cela, je pense que d'ici 2020, nous allons atteindre les objectifs escomptés. Et c’est vraiment le souhait de l’Association JMAH. L’éradication du VIH/Sida ou un monde sans Sida d’ici 2030 qui est inscrit dans les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU, est une affaire de tous et voilà l’engagement que nous prenons en ce jour et devant vous. Mais chacun doit jouer aussi sa partition pour cette lutte contre la pandémie.

Journaliste : Avez-vous un point particulier à évoquer ?

Mme Brigitte ADZODA : Mon message va à l'endroit des parents et de la jeunesse. Il faudrait que les parents s'ouvrent aux questions de sexualité, car c'est l'une des voies de contamination du VIH. Quand vous voyez que les enfants prennent de l'âge et entrent en adolescence, il faut commencer immédiatement à discuter avec eux. Le dialogue parent/ enfant doit être institué à la maison. Ainsi nous préparons mieux les enfants à la découverte de la sexualité. Il faudrait éviter qu'il y ait des sujets tabous. Dans le message, c'est qu'il y a une entente et des discussions entre parents et enfants sur les questions de Santé Sexuelle et de Reproduction. Du changement de leurs corps, du cycle menstruel, pleins de sujets à débattre. C'est vraiment important ce message.



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