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mercredi, octobre 16

Togo : la mésaventure d’un journaliste à la Présidence

L’histoire a commencé ce 8 mars 2019. Nous sommes sortis pour constater l’ambiance dans la ville de Lomé. Arrivé au niveau du Palais de la présidence, grand attroupement. Vieux, veilles et jeunes étaient là, en uniformes. Un bon journaliste doit être curieux et tout peut devenir pour lui l’objet d’un excellent reportage. C’est ce qu’on nous a appris, quand on était étudiant. Votre journal s’arrête donc et interroge quelques personnes. Réponse: ‘‘Nous allons au Palais  pour voir le Président de la République’’. Super! Le journaliste de Sika’a décide de suivre le groupe et d’y aller aussi. Il fait la queue et rentre. Mais une fois à l’intérieur du Palais, il est  interpelé par un ‘‘journaliste de  la TVT’’. En tout cas, l’homme avait en main du matériel où le logo de la TVT était marqué de façon ostentatoire. Il pose cinq questions puis remet ensuite brutalement le journaliste aux agents de la Garde Présidentielle. L’enfer venait ainsi de se déchainer. Les agents commencent à soumettre le jeune journaliste à un interrogatoire musclé. Ils se parlent entre eux, mais rien ne se fait comprendre. L’un d’entre eux s’avance et dit: «Toi comme ça, si tu disparais, qui va demander des comptes à qui?». Ils amènent l’homme de média dans une sale. On lui demande de se déshabiller totalement. Ce qui est rapidement fait. Ordre lui est donné de casser des pompes qui lui paraissaient interminables. Tout cela se faisait tout nu, bien sûr!

On appelle un responsable important de la DPJ (Nous supposons qu’il s’agissait bien de cela!). Il nous semble qu’il est chargé de la sécurité de la présidence. Du  coup, le voici devant Sika’a, avec plein de trucs autour de la taille: arme à feu, munitions, téléphone… En tout cas, lui seul avait plus de 5 machins à la hanche. Visage serré, il dit: «On va te traiter, tu ne vas jaaaamais oublier». Il ordonne qu’on habille le journaliste et qu’on lui remette son sac qu’on lui a retiré, il y a plus de deux heures. Il dit aussi de répertorier tout ce qui est dans le sac. On y a trouvé seulement un portable Samsung galaxy core, la carte nationale d’identité, la carte d’étudiant, un support de mémoire de 16 gigas, un bloc-notes. Il demande au journaliste de lire feuille par feuille tout ce qui est écrit dans le bloc-notes. En plus des choses citées, avant que le sac ne soit retiré, il contenait une tablette, un appareil camera photo, 4 clés USB. Ils ont disparu. Sur l’une des clés, le jeune homme conservait les résultats du travail de recherches pour son mémoire de master.

La mésaventure est-elle ainsi terminée? Non! Le monsieur de la DPJ a tout saisi et demande de se présenter le lendemain à la DPJ. Ce fut fait le samedi le 9 mars à 8h. L’interrogatoire musclé  recommence. Le jeune homme est soumis à  des questions de toutes sortes. La DPJ prend les informations qui le concernent et concernent ses parents. Pour finir, on lui fait signer un document qui lui interdit formellement de raconter ce qu’il a vu et écouter à la présidence.

Un petit de soulagement: on lui remet son téléphone, mais sans la carte mémoire. Le téléphone est très endommagé. Les autres choses ont disparu.

La fin du calvaire? Non, toujours pas encore. C’est Maintenant le tour du journal Sika’a. Le journaliste est amené à la rédaction à bord d’un pickup, avec 5 hommes bien armés. Il sonne 15h. Une perquisition minutieuse a commencé. Tout est fouillé. Même les ordinateurs. Le bureau du directeur est passé au peigne fin. Tout ceci se passe sans un mandat de perquisition.

Nous n’avons jamais eu aucune mauvaise intention envers les autorités de ce pays avant de nous retrouver dans cette situation très difficile qui va nous marquer à vie. En tant qu’hommes de média, nous nous sommes toujours considérés et nous nous considérons toujours comme des gens qui devraient être capables de soutenir le gouvernement dans ses efforts pour promouvoir la paix, la sécurité et le progrès social. C’est d’ailleurs pour cela que nous dénonçons souvent ce qui ne va pas et rappelons ce qu’il y a à améliorer. Nous ne faisons que notre travail.

Quant à vous qui nous avez maltraités, vous nous faites penser à un grand fermier qui veut agrandir son champ. Pour cela, il a engagé de nombreux ouvriers qu’il vous dit de surveiller pour que le travail marche bien. Au même moment qu’il achète des houes et coupe-coupe à ces ouvriers, vous vous les maltraitez et leur cassez les bras. Comment les ouvriers pourront-ils utiliser les outils que votre patron vient d’acheter? Ce patron, c’est Faure. Les ouvriers, c’est le peuple. Les surveillants, c’est vous. Le champ à agrandir, c’est le PND et tout l’enjeu du développement.

Par votre zèle et sans le savoir, vous sabotez le travail du chef de l’Etat, car une population traumatisée, apeurée et terrorisée ne peut jamais être assez créative pour s’approprier le Plan National de Développement qui devrait sortir les Togolais de la misère.

Sur ce, nous vous pardonnons et considérons que vous avez agi sans mesurer les conséquences de votre acte. Si vous pensez que le journaliste n’était pas à sa place là où il était, il vous suffisait de le sortir. Mais pourquoi lui infliger des traitements dégradants? Cessez de répandre la peur, car vous êtes nos frères, et non une armée étrangère.

Le journal Sika’a

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Redaction TM24

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