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Serial : Que dire de la Vérité, de la Justice, de la Démocratie et de l’État de droit au Togo ?

Le Togo est-il un pays où prévalent la Vérité, la Justice, la Démocratie et l’État de droit ? S’il vous arrivait de poser cette question, il y a de forte chance que vous obteniez une réponse différente, dépendamment de la personne à qui vous vous adressez.

Pour le pouvoir en place et ses partisans, tout va bien, même si certains reconnaissent qu’on peut toujours faire mieux. Quant aux partis d’opposition et leurs sympathisants, le Togo va mal, sinon très mal. En réalité, il y a une sorte de dictature des pensées uniques qui s’affrontent au quotidien. Quant à nous, sans être nécessairement d’un bord ou de l’autre, nous l’avions déjà dit et nous le répéterons ici que le Togo connaît aujourd’hui une situation de faillite généralisée qui affecte presque toutes les sphères de la vie socio-économique et politique et pratiquement tous les secteurs.

La racine profonde de ce mal se trouve être le fait déplorable que d’abord et avant tout, le Mensonge ait pris la place de la Vérité dans notre pays. Quant à la Justice, elle n’existe plus que de nom. Il fut un temps au Togo où les magistrats étaient très respectés. J’en sais personnellement quelque chose vu les témoignages que j’ai reçus aussi bien au Togo qu’à l’étranger.  

Ne vous méprenez pas, je n’ai jamais été un magistrat, par contre je suis né et j’ai grandi dans la maison d’un magistrat qui a marqué beaucoup de nos concitoyens par son amour et son dévouement à servir son pays en toute honnêteté et avec une probité morale sans failles. Ainsi donc, cette reconnaissance que les gens me témoignent, chaque fois que l’occasion se présente, est en réalité due à mon défunt père, Kossi Sonokpon. En effet, j’ai eu le privilège de voir et de côtoyer mon père avant son admission à la retraite. Sa conduite exemplaire ainsi que la rigueur, la grâce et l’élégance avec lesquelles il remplissait sa mission de servir le peuple sont restées jusqu’à ce jour une source de fierté et d’inspiration pour moi.

C’est d’ailleurs pour cela que j’ai hâte que notre cher pays retrouve ses lettres de noblesse pour que la Justice togolaise redevienne ce lieu où le Droit, rien que le Droit est dit. Et que tous, petit ou grand, riche ou pauvre, homme ou femme, partisan ou non du pouvoir ou d’un parti politique, puissent recevoir un traitement équitable, juste et impartial devant la loi.

En ce qui concerne la démocratie, il faut dire tout simplement que nous avons encore un long chemin à faire avant de prétendre, de façon objective et véridique,  affirmer sans gêne que le Togo est une démocratie. Il semble qu’en cette matière, ceux qui soutiennent la thèse opposée confondent tout bonnement ou de façon à se voiler la face multipartisme et démocratie. Le fait qu’il existe plus d’une centaine de partis politique au Togo n’en fait pas du tout une démocratie, encore moins le simple fait d’organiser des élections souvent contestées. Donc, pour couper court disons simplement que nous avons du pain sur la planche.

Tout comme la confusion qui règne dans certains esprits qui voudraient assimiler le Togo à une démocratie, il faut reconnaître celle qui existe lorsqu’on parle d’État de droit. Peut-on aujourd’hui de façon sincère et honnête déclarer que c’est la loi qui règne en maître suprême sur le Togo ? Comment cela se pourrait-il alors que la Justice et l’Assemblée Nationale ne jouent pas pleinement et proprement leur rôle constitutionnel de contrepoids et de garants de l’État de droit ?

En somme, notre cher pays est devenu le lieu par excellence où le mensonge, l’injustice, l’oligarchie et l’arbitraire règnent en maître absolu. Autrement dit, le Togo actuel est bâti sur du sable mouvant. Loin d’être rassurant, cet état de fait devrait plutôt inquiéter et à juste titre les dirigeants actuels. Au-delà du bon sens, de l’ordre universel des choses, l’histoire regorge de plusieurs exemples passés ou récents qui nous renseignent ou mieux nous recommandent d’opter plutôt pour la Vérité, la Justice, la Démocratie et l’État de droit. Il s’agit là en effet du socle indispensable dont notre pays a besoin pour effectivement décoller et briller selon sa destinée prophétique comme l’or de l’humanité.

Quelle vérité doit-on rétablir au Togo pour repartir sur de nouvelles bases?

Dans l’article précédent, Rétablir la Vérité, la Justice, la Démocratie et l’État de droit : Le socle indispensable, il est fait mention d’une dictature des pensées uniques qui s’affrontent dans notre pays. En fait, même si cette dualité s’est renforcée avec le temps, il est à noter qu’elle ne date pas d’aujourd’hui. Sans nécessairement entrer ici dans les méandres de ce conflit plus que quinquagénaire, il est tout de même important de mentionner l’existence de deux camps.

En effet, dans la pensée collective qui prévaut dans notre pays et qui se cristallise au sein de la classe politique, il y a d’un côté le camp des bons et à l’opposé le camp des méchants. Les choses seraient peut-être moins complexes, s’il ne s’agissait en réalité que de ce constat. Comme pour corser les choses, les «bons» et les «méchants» sont facilement interchangeables selon l’appartenance politique et parfois ethnique.

Autrement dit, les sympathisants du pouvoir pensent qu’ils sont dans le camp des bons, donc forcément ceux de l’opposition sont dans le camp des mauvais. Et inversement, les partisans de l’opposition se considèrent comme les bons, tandis que ceux du pouvoir sont les mauvais.

L’une des résultantes de cette situation déplorable est la grande méfiance qui règne au sein de la classe politique togolaise et par ricochet au sein des populations. Tous les moyens sont bons et toutes les occasions sont opportunes pour véhiculer cette notion erronée que les fils et filles du Togo sont incapables de se rencontrer librement, de se parler franchement et de collaborer sincèrement dans l’intérêt supérieur de tous et pour le bien-être de tous les citoyens.

Certains individus tant du côté du pouvoir que de l’opposition n’hésitent pas à considérer les acteurs du camp opposé comme des ennemis de notre pays. Mais quel mensonge et quelle absurdité !  Les uns angélisent Sylvanus Olympio, reconnu par les uns comme le père de l’indépendance tout en diabolisant Gnassingbé Eyadema, tenu par les autres pour le père de la nation. Inversément les derniers font exactement le contraire : ils diabolisent Sylvanus Olympio et angélisent Gnassingbé Eyadema.

Dans cette géguerre à la fois futile et stérile qui paralysent notre pays, il semble que les uns et les autres aient oublié la vérité fondamentale suivante. Tout homme, qui qu’il soit, a des qualités et des défauts. Ainsi, il est pratiquement impossible de trouver un seul homme, à part le divin devenu chair, qui soit entièrement bon ou entièrement mauvais.

Selon ce principe et suivants les témoignages que l’on peut recueillir ici et là à travers le Togo, nous pouvons conclure sans le moindre doute de nous tromper que ni Sylvanus Olympio, ni Gnassingbé Eyadema n’étaient parfaits. En tant qu’hommes, ils avaient aussi bien des qualités que des défauts. Ils avaient, dans leur gestion des affaires de l’État togolais, fait des choses positives et aussi des choses négatives. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il serait nécessaire de revisiter l’histoire de notre pays de façon objective et impartiale pour rétablir les faits. Cela permettra certainement de dissiper les nuages de mensonges qui assombrissent le ciel du vivre ensemble togolais et nous donner la chance de repartir sur de nouvelles bases saines, véridiques et sereines.

De grâce, il ne s’agit pas d’une tentative de justifier l’assassinat de l’un et revendiqué par l’autre. Notre préoccupation majeure à travers cette tribune est de mettre à nue l’une des racines du mal togolais, si on peut parler ainsi. En fait, ce mal est tellement profond que même la paix dite des braves qui s’est soldée par le rapprochement des fils de ces deux hommes, en l’occurrence Gilchrist Olympio et Faure Gnassingbé n’a pas contribué véritablement à mettre fin à ce clivage. Bien au contraire, l’accord politique intervenu entre les deux camps a conduit à l’affaiblissement politique du premier et à une contestation de plus en plus grande du second.

Chers compatriotes, jusqu’à quand allons-nous continuer à fixer nos regards sur le passé au lieu de nous tourner résolument vers l’avenir qui tient la promesse d’un Togo fort dont nous serons tous fiers ? Jusqu’à quand allons-nous laisser les sombres pages de notre histoire empoisonner notre présent et hypothéquer notre avenir ? N’avons-nous pas assez souffert des démons de la division qui se nourrissent insatiablement de notre culte de la personnalité voué d’une part à Sylvanus Olympio et d’autre part à Gnassingbé Eyadema ? Jusqu’à quand allons-nous refuser de nous rencontrer ouvertement, de nous parler franchement et de collaborer sincèrement main dans la main pour bâtir ensemble le Togo et le faire briller comme l’or de l’humanité ?

S’il nous était possible de consulter ces deux hommes qui constituent à tort ou à raison l’objet ou la source de notre discorde nationale, nous découvririons certainement qu’ils préféreraient voir un Togo qui gagne au lieu d’un pays qui perd sur tous les plans à cause du culte de la personnalité aveugle que nous leur vouons.

Loin, d’être parfaits, la vérité demeure implacable : Sylvanus Olympio et Gnassingbé Eyadema étaient des hommes faillibles et mortels. Ils ont fait leur temps et ils ont servi leur pays au mieux leurs capacités intellectuelles et physiques. Reconnaissons cela et sortons du cercle vicieux des débats stériles et des antagonismes inutiles qui minent le développement socio-politique et économique de notre pays. Il est grand temps pour nous et notre pays de vivre une autre expérience.

Je nous en conjure : brisons définitivement les chaînes mentales et obsolètes dont nous nous sommes rendus captifs. Reconnaissons que pour se bâtir, le Togo a besoin de tous ses fils et filles, qui qu’ils soient et sans distinction du lieu de résidence, d’appartenance ethnique, politique, associative ou religieuse. Remarquons que nous avons chacun nos qualités et nos défauts, donc de ce fait il ne peut y avoir un camp exclusivement de bons et un autre de mauvais. Enfin, prenons conscience que nous n’avons pas besoin d’un camp pro-Sylvanus qui affronte un autre pro-Eyadema ou vice versa. Le seul camp dont nous avons véritablement besoin, c’est le camp unique et indivisible des Togolais, de tous les Togolais : un camp qui gagne ensemble.

que faut-il pour restaurer la confiance des Togolais en la justice de leur pays ?

Les Togolais n’ont plus confiance en la Justice de leur pays. Loin d’être une spéculation, le rapport 2019 de Transparency International sur la corruption a révélé qu’au moins 55% des Togolais qui ont participé à l’étude menée par cet organisme international pensent que les magistrats de notre pays sont les plus corrompus des agents de l’État, loin devant la Présidence de la République, la Primature, l’Assemblée Nationale. En fait, ce pourcentage était de 48% en 2015 et cela suppose que les soupçons de corruption des magistrats ont largement augmenté depuis lors. Comment en sommes-nous arrivés là?

Nous l’écrivions dans le précédent numéro de ce magazine, le système judiciaire togolais s’est travesti pour devenir le sanctuaire de l’arbitraire et du non droit, un lieu d’injustice par excellence. Il s’agit là d’une situation extrêmement grave. Et cela ne peut laisser indifférent quiconque aime son pays.

Le socle fondamental d’un pays, c’est la vérité et la justice comme principes infaillibles qui découlent évidemment de la crainte de Dieu. Et s’il est une chose dont il faut s’assurer dans le fonctionnement normal d’un État, quel qu’il soit, c’est le bon fonctionnement de l’appareil judiciaire. Son intégrité, son impartialité et son amour pour la vérité et l’équité doivent être évidents pour tous les citoyens. L’aptitude de la Justice à pouvoir dire sans détour et sans favoritisme le droit devrait être une qualité au-dessus de tout soupçon.

Pour cela, il faudrait que chaque maillon de la chaîne judiciaire réponde aux normes de qualité requises pour rassurer le citoyen, qui qu’il soit, que si sa cause est juste, il obtiendra gain de cause. Il est question ici d’une vertu non négociable à propos de laquelle les futurs dirigeants du Togo doivent se montrer on ne peut plus intransigeants.

Pour parvenir à faire briller le Togo comme l’or de l’humanité, notre défi sera de rétablir l’amour de la vérité et de la justice dans le cœur et dans l’esprit des Togolais à commencer par les dirigeants et les magistrats.

Comme disait Abraham Lincoln, l’ancien président américain, la philosophie qui s’enseigne à l’école primaire est celle qui se retrouvera au sommet de l’État. Ainsi, pour éradiquer le mal qui gangrène notre système judiciaire, il faudra agir à plusieurs niveaux et surtout à la base. Cela implique que des mesures nécessaires devront être prises pour s’assurer que l’éducation de base prodiguée depuis la maison, à l’école en passant par les regroupements religieux ainsi que les médias réponde à des critères très strictes en matière de vérité, d’intégrité, d’honnêteté, d’impartialité et d’équité.

Dans le Togo de demain, la recherche du gain facile ou du confort à court terme, qui pousse le citoyen à tous les niveaux à trahir la vérité et les faits réels, devra être vigoureusement combattu. Il en sera de même de la culture de l’impunité et de l’indifférence face aux violations multiples et répétées des lois et de la Constitution.

Il est plus qu’évident que rétablir la confiance des Togolais en la justice de leur pays sera une tâche très ardue, considérant le degré élevé de perversité qui s’est accaparée de ce système fondamental et essentiel de notre pays. Et comme dirait l’autre, ce ne serait pas à coups de paroles incantatoires que nous y parviendrons. Néanmoins, il faut relever que la perception que les Togolais auront de leurs dirigeants de demain contribuera forcément à inverser la tendance dans le bon sens. Et cette appréciation populaire devrait nécessairement être solidement fondée sur le caractère réel de ces dirigeants.

Ainsi, le choix de ces dirigeants et de leurs collaborateurs ne saurait être fait au hasard ou uniquement sur des bases subjectives telles que l’appartenance politique, ethnique, associative ou religieuse. Bien au contraire, tous les fils et filles du Togo, vivant sur le territoire national ou à l’extérieur, devraient être sollicités ouvertement. Et ceux qui auront démontré de par leur parcours les qualités humaines et les traits de caractère fondamentaux que sont l’intégrité, l’honnêteté, la probité, l’équité et l’impartialité sans oublier un amour infalsifiable pour la vérité et la justice, devraient être choisis pour remettre notre pays sur les rails.

Il est grand temps que notre cher pays ne soit plus assimilé à une référence négative qui évolue à contre-courant des principes universels. Il est grand temps que le Togo renoue avec les valeurs qui sont susceptibles d’en faire une référence positive, un modèle dont nous serons tous fiers et qui sera l’objet d’admiration tant sur le plan continental que mondial. N’est-ce pas cela, ce que l’or de l’humanité devrait être en réalité ? Il reste beaucoup à dire sur ce sujet et nous le ferons en temps opportun.